Vins nature, vins bio, biodynamie, c’est bon ça?

Lu sur le site Le Soir …

 

« La peur doit changer de camp» disait un petit politicien français naguère. En matière de nourriture c’est en train de se faire. Depuis que sur terre il y a plus de gens qui meurent de la malbouffe que de gens qui meurent de ne pas assez manger, on se pose des questions graves. On tente de trouver des solutions…

vine birelliPour se sauver, ou, a tout le moins pour tenter d’enrayer la catastrophe, même si cela semble presque aussi utile que des barrages contre le Pacifique, d’aucuns se sont lancés, il y a longtemps, dans le développement d’une culture (agricole hein) alternative. Lisez, si vous en avez l’occasion Joseph Delteil et sa fabuleuse Cuisine Paléolithique, ça date de l’entre-deux guerres et c’est terriblement actuel. Depuis l’avènement de la « mal bouffe » et de ses avatars industriels, il y a des « résistants » qui, un peu à la manière de Monsieur Jourdain faisaient du bio sans le savoir ou, et ça c’est vachement mieux, sans s’en vanter a des fins commerciales.

En matière de vin, il en va un peu de même. On élabore du vin depuis plus ou moins huit mille ans, et jusqu’au milieu de dix-huitième siècle il était toujours sans sulfites. Lors de la découverte de l’usage des allumettes hollandaises, les vignerons se sont mis à les utiliser pour stabiliser leurs produits afin de pouvoir les transporter pour mieux les vendre. Au dix-neuvième siècle une certaine chimie du vin commence à prendre son essor. Il y aura tellement d’abus en tous genres que l’appellation d’origine contrôlée sera une sorte de bouée de sauvetage pour les consommateurs. C’est surtout à partir de la seconde moitié du vingtième que les choses vont partir en sucette, que les vins vont se mettre à se « civiliser ». C’est à dire qu’ils vont aller de plus en plus dans un sens gustatif généralement accepté.

Le premier choc de la production en Europe se produira au moment de la crise phylloxérique. Les difficultés économiques engendrées par les pertes de productions rayeront définitivement certains vignobles de la carte du bien boire. Mais, ce que l’on a oublié, c’est qu’en 1956, près d’un tiers du vignoble français fut détruit par des gelées terribles. C’est ensuite que l’on a planté des clones par trop productifs. C’est à partir de ce moment que la chimie est entrée par la très grande porte dans les rangs de vigne, pour les chais ce sera un peu plus tard. Les sols terriblement appauvris et pas vraiment préparés à devoir subvenir aux besoins de ces voraces ont du être « alimentés ». Vous l’avez probablement remarqué, en matière de connerie, l’esprit de l’humain a peu de limites. Cela culminera dans les années quatre-vingt avec des apports de compost urbain, c’est à dire des poubelles vaguement triées, dans certaines régions.

Les traitements sur les vignes ont suivi le même chemin vers l’enfer tout en étant pavé de bonnes intentions. Le DTT* était couramment utilisé dans les fifties pour traiter tout ce qui bougeait, c’est qu’avec la découverte de l’hygiène nos amis d’Outre Quievrain ont cru que tout devait ressembler à une terre battue sans un brin d’herbe. Ce qui aura pour conséquence plus ou moins directe, outre une raréfaction de la micro faune, une disparition plus ou moins nette des levures indigènes et autres plaisanteries du genre.

Ceci sans évoquer les conséquences sur la santé humaine qui se font sentir depuis une grosse décade. Le dérapage incontrôlé était parti, et pour rattraper le coup, il n’y avait que les doses de plus en plus importantes de produits chimiques a épandre. Il faudra atteindre le jusant de la crise pour que quelques voix se fassent entendre et que quelques aventureux se lancent sur le chemin d’autre chose. La France d’aujourd’hui est largement en tête au niveau de la planète lorsqu’il s’agit d’invoquer les mânes biodynamiques de la communication, mais en Italie, en Allemagne, bref, ailleurs en Europe on a bougé depuis belle lurette.

Un petit point rapide sur les différentes techniques
La biodynamie est un exercice coûteux, lourd à mettre en place et les règles de son fonctionnement sont intransigeantes. Lorsqu’il en a jeté les bases, Rudolph Steiner, n’était pas candidat à la finale à Rochefort. Il n’empêche que les résultats sont souvents probants. Qui n’a pas eu le bonheur de goûter une fois dans sa vie un Pouilly de Dagueneau n’a pas vraiment l’idée de ce que peut être un sauvignon de grande race, et je peux vous faire le même genre de phrase un peu creuse avec presque la totalité des producteurs de la même veine. Le phénomène biodynamique est tellement important que pas mal de gens, même dans le nouveau monde, s’y sont mis.

A côté de cela, le label Bio est en général un pis aller, une demi mesure, qui a le mérite d’exister et de permettre a pas mal de gens d’aller un pas plus loin. Les labels accordés, qu’ils soient bio ou biodynamiques sont comme les AOC, ils signifient que les producteurs ont adhérés à une charte et qu’ils la respectent. Cela ne signifie en aucune manière que les vins sont bons. Certes, il y a nettement moins de gougnafiers chez ces gens-là pour l’instant que chez les autres.

Les producteurs de vins nature, irréductibles terroiristes indépendantistes, naturistes parfois, se dotent depuis deux ans d’une charte de qualité aussi. Nous sommes loin des balbutiements des années quatre-vingt, les choses sont en place et cela commence à peser franchement sur le marché, la tendance est nette. L’effet mode actuel lié à cette dernière pratique est un peu usant, l’intolérance de certains afficionados de la chose vis à vis des consommateurs de vins différents des leurs est plus que pénible. De plus, au nom de la totale suppression des contraintes et de l’expérimentation, tout est faisable pour certains nihilistes. Si souvent les vins sont grands, ne perdons pas de vue que l’enfer est pavé de bonnes intentions, et qu’un vin qui fermente à nouveau en bouteille ou qui développe des brettanomyces anarchiques (levures indésirables reponsables du goût d’écurie) est un vin loupé. Même si c’est à la mode.

Vini, Birre, Ribelli.
Stade Roi Baudouin.

Ces 28 et 29 novembre.